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Centenaire 14-18 - Le centième anniversaire des combats de la Sambre

Le centième anniversaire des combats de la Sambre.

Au retour des commémorations du centenaire de la bataille de Charleroi, entre Sambre-et-Meuse, il est difficile de ne retenir qu’un sentiment. Bien entendu, il y a l’émotion de se retrouver, un siècle jour pour jour, sur les lieux où, précisément, le 47e régiment d’infanterie découvre le feu, sur les hauteurs de ce qui est aujourd’hui la nécropole de la Belle-Motte. Il y a aussi la joie de retrouver des amis belges mais aussi bretons et de lier de nouvelles connaissances. Pour autant, au-delà de ces dimensions bien réelles, il n’en demeure pas moins que l’incontestable succès populaire de ces commémorations n’est pas sans faire réfléchir.

Sépulture d'un soldat du 47e régiment d'infanterie au cimetière militaire de la Belle-Motte, en Belgique. Cliché E. Le Gall.

En 1981, le Maire de Plestin-les-Grèves, commune située entre Morlaix et Lannion, rappelait que « si le nom d’Auvelais est connu par quelques-uns d’entre nous par la dimension de son industrie ou de son commerce local, c’est surtout au fond des maisons et des vieux manoirs de granit de Bretagne qu’il est entré ». Et la raison en est simple : « c’est parce que c’est à Auvelais sur les bords de la Sambre, que ce sont déroulés en août 1914 de violents combats que les historiens ont appelés Bataille de Charleroi »1. Plus de trente ans plus tard, c’est exactement le même constat que l’on peut faire, confortant ainsi l’idée d’un centenaire venu « d’en bas » et d’une Première Guerre mondiale qui, de manière générale, se révèle être une véritable « histoire à soi », pour reprendre les mots judicieux de Nicolas Offenstadt2.

Car c’est bien une mémoire bretonne familiale, un souvenir de patronages et de clochers qui s’exprime dans ces terres de l’Entre-Sambre-et-Meuse. En témoignent d’ailleurs les importantes délégations venues de Guingamp, de Saint-Malo mais aussi de Bédée, commune des environs de Rennes où naît un certain Pierre Lefeuvre, caporal du 70e régiment d’infanterie érigé en véritable héros à Tamines pour avoir tué plus de cinquante Allemands, dont neuf officiers. Dans l’assistance, on peut également remarquer plusieurs descendants de ces combattants du 10e corps d’armée qui, en ces terribles jours d’août 1914, font l’apprentissage du feu moderne3.

Le député-bourgmestre de Sambreville Jean-Charles Luperto lors de l'hommage rendu au caporal Lefeuvre à Tamines. Cliché E. Le Gall.

Mais pour les Belges, ces commémorations ont une signification particulière puisqu’au-delà des seuls combats de la bataille de Charleroi, ce sont aussi les atrocités du mois d’août 1914 que l’on commémore. Particulièrement intense était d’ailleurs l’émotion à Tamines, ville martyr où 383 personnes sont tuées (fusillées mais aussi noyées dans la Sambre) par les Allemands. Et c’est en silence, dans un profond recueillement, que plusieurs centaines de personnes ont rendu, dans la soirée du 22 août 2014, un flambeau à la main, un vibrant hommage aux victimes en parcourant la ville. Aussi les discours des autorités belges insistaient-ils tous sur l’importance du souvenir, bien entendu, mais aussi sur la réconciliation avec l’Allemagne – celle-ci ayant fait à plusieurs reprises, par l’intermédiaire de son ambassadeur Eckart Cuntz, des excuses officielles pour les atrocités – ainsi que la nécessité de combattre les nationalismes et de poursuivre la construction européenne.

Bien entendu, de tels propos doivent aussi être lus à la lumière de la situation politique belge et de la question flamande mais il n’en demeure pas moins qu’il en résulte une configuration mémorielle où le poilu et, plus singulièrement encore, le combattant du 10e corps d'armée de Rennes, est perçu comme un « combattant de la liberté » face à un Allemand « barbare ». Certes, un tel champ lexical n’est pas sans surprendre les oreilles françaises, plus habituées à de tels mots à propos de la Seconde Guerre mondiale. Mais, le malaise est encore plus palpable lorsqu’on réalise qu’à une ou deux exceptions près, aucun élu français n’a daigné honorer de sa présence ces commémorations. C’est ainsi qu’à la Belle-Motte la France est représentée par le Consul général adjoint en poste à Bruxelles.

Aux côtés de Marc Jean, directeur des Archives municipales de Saint-Malo et président du comité de Saint-Malo du Souvenir français, trois porte-drapeaux malouins. Cliché E. Le Gall.

Ce qui s’exprime lors de ces commémorations de la bataille de Charleroi est donc un rappel familial, une manifestation d’amitié entre « pèlerins du souvenir », pour reprendre une expression régulièrement entendue là-bas, et non une mémoire diplomatique et officielle. Pour autant, on ne peut pas manquer de souligner la proximité des jugements français et belges à l’égard de l’Allemagne. Mais, si la mise en exergue de la culpabilité allemande peut se comprendre en Belgique, du fait des atrocités du mois d’août mais aussi de la violation de la neutralité du Royaume, tel est moins le cas en France.  Un auteur tel que Christopher Clark montre en effet dans sa fantastique analyse de la crise de l’été 1914 combien la responsabilité du déclenchement du conflit est, au final, diluée et rappelle qu’en conséquence elle ne saurait peser sur les épaules de la seule Allemagne. Jean-Jacques Becker ne dit d’ailleurs pas autre chose lorsqu’il avance que c’est bien sur un  sentiment partagé de « patriotisme défensif » que se mobilisent les populations européennes en 19144, chacun croyant voir en l’autre un agresseur et un ennemi.  Une leçon trop rarement entendue à l’occasion de centenaire…

Erwan LE GALL

 

1 Archives municipales de Plestin-les-Grèves : discours du Maire du 18 septembre 1981. Tous mes remerciements à Maelaïg Séguillon, grâce à qui j’ai pu prendre connaissance de ce document.

2 Sur cette question, lire OFFENSADT, Nicolas, 14-18 Aujourd’hui, La Grande Guerre dans la France contemporaine, Paris, Odile Jacob, 2010.  

3 Sur cette question, on se permettra de renvoyer à LE GALL, Erwan, Une entrée en guerre. Le 47e régiment d’infanterie de Saint-Malo au combat (août 1914 – juillet 1915), Talmont-Saint-Hilaire, éditions CODEX, 2014.

4 BECKER, Jean-Jacques, « Entrées en guerre », in AUDOIN–ROUZEAU, Stéphane, et BECKER, Jean-Jacques (dir.), Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918, Paris, Bayard, 2004, p. 193-204. 

 

La presse était présente :

file/2014/2014_08_23_L_Avenir_100_ans_Bataille_de_la_Sambre.pdf

file/2014/2014_08_25_L_Avenir_Memoire_de_Tamines.pdf

file/2014/2014_08_26_L_Avenir_Lefeuvre_et_Cotelle.pdf

file/2014/2014_08_25_L_Avenir_Bataille_de_Belle_Motte_01.pdf

file/2014/2014_08_25_L_Avenir_Bataille_de_Belle_Motte_02.pdf

La télévision était présente :

http://www.telesambre.be/centenaire-14-18-14-18-hommage-national-a-aiseau-presles_d_10775.html

http://www.telesambre.be/centenaire-14-18-commemorations-14-18-la-bataille-de-roselies_d_10799.html

http://www.telesambre.be/centenaire-14-18-commemorations-14-18-a-tamines_d_10792.html

Date de publication sur le site : 17.09.2014

 


Date de création : 12/05/2017 @ 15:56
Dernière modification : 12/05/2017 @ 15:56
Catégorie : Centenaire 14-18

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